dimanche 27 novembre 2011

Indian Creek, l'autre escalade


... l'autre escalade... Vous savez, celle dont tout grimpeur a entendu parler ou a vu des images. Celle ou "il n'y a pas de prise" dans des longueurs en pures fissures aussi rectilignes que terrifiantes. C'est pour cela que nous y allions : nous aimons la grimpe sur coinceurs, qui tres souvent rime avec fissure. Notre connaissance des fissures se limite aux Alpes (ou les verrous de pieds sont rarement obligatoires) et notre connaissance du Gres s'arrete a la Jordanie (beaucoup plus sculpte) et a Annot. Autant dire pas grand chose.


Alors oui : les multiples murs d'Indian Creek laissent songeur quand on les approche. De une a trois longueurs. Des fissures, exclusivement. Certaines dans du Gres legerement erode, offrant de tres rares prises de pieds. D'autres dans des diedres lisses, ou verrous et Dulfer sont obligaotires. D'autres dans des faces planes, les "splitter cracks", ou verrous de pieds et de mains constituent la seule technique.


Et comme tout bon frenchie qui se respecte, nous nous sommes faits secouer : premier jour, premiere voie dans un "modeste" 6a. Celui-ci apres moult geignements et rales guturraux, s'est au final transforme en du tire friends sur 5 metres. Les 5 metres de "splitter crack", ou seuls les verrous permettent de grimper.


Forcement, on s'interroge. Quand on recidive l'exploit dans une longueur de 40 metres dont on ressort aussi uses qu'apres 15 longueurs chez nous, le moral commence a en prendre un coup. Mais diable que va-t-on bien trouver a se mettre sous la dents pendant 3 semaines??? Si au dela de 6a on se chie, si au dela de 30 metres on se chie, si dans les off-width (fissures extra large ou il faut se strapper les oreilles) on se chie... mais que va t il nous rester?


Et puis comme le breton est tetu de reputation, et surtout que nous n'avons pas le choix, et bien on s'y colle. On fait nos gammes, tranquillement.


Et le pire c'est que ca vient. Pendant un moment, nous privilegions les diedres, offrant une alternative au "tout verrou" et puis peu a peu nous travaillons notre technique. Usant quoi qu'il en soit. Sans technique, on compense comme on peut par le physique mais a ce petit jeu, on s'use tres vite.


Je crois qu'au total, nous n'aurons pas reussi a faire plus de 5 longueurs dans une meme journee, et je ne suis pas certain que cela soit la faute des jours courts a cette saison. A bloc, quasi toutjours, sauf lorsque nous nous offrions des moulinettes apres le combat du "lead on sight".


Couennes de luxe pour une ambiance resolument attrayante. Des fissures partout. On se prend a rever que l'on est tres fort et qu'on va pouvoir se ballader dans des 5.13...  Force est de constater qu'au fil des jours, ca vient. Le verrou est une arme absolue des lors qu'on la maitrise. On apprend aussi a jongler comme on peut avec les Camalots : des kg a la taille qui compliquent la donne pour le leader, et puis une pose qui, si elle est trop haute (vous savez, chez nous on clippe loin, a bout de bras, surtout quand on est a toc!), en devient handicapante car la corde passe alors dans la fissure et gene pour les verrous suivants.


Bref, quand on est tres fort on protege a la taille, comme dans les fissures du Yose mais pour d'autres raison. 


Et puis on se jette progressivement dans des choses nouvelles : tiens des fissures dans des diedres deversant, ca doit etre comique cette histoire. Et vlan : bataille, rebataille, masi de plus en plus soft, de plus en plus maitrisee.




Bref, grimper a Indian Creek demande un temps certain pour commencer a se faire plaisir : passee la deconvenue, passee l'incomprehension, passee la douleur qui suit le debut de la comprehension, alors la ca commence a devenir bon. Voire tres bon. Quand on commence a pouvoir choisir ses voies dans le volumineux -mais plein d'erreurs- topo, plutot que d'y aller par defaut, alors le miracle indien se produit, et l'on ressort de 30 pauvres petits metres d'escalade comme si on avait conquis l'everest a chaque pas. 


En confiance, de plus en plus. Nos poings font merveille. Nos gants 'special fissure' dont j'ai deja vante ici les merites font merveille aussi, malgre quelques petits amenagements locaux necessaires.


Avec la confiance, les projets deviennt plus ambitieux, mais toujours mesures au regard du style de la voie. Nous plaffonerons dans un magnifique 5.12, ce qui commence a etre honnete. 
Un domaine dans lequel nous ne nous risquerons pas ou a peine : les off-width. Trop specifique, trop terreur. Meme les ricains ne s'y precipitent pas franchement voire pas du tout. D'ailleurs je m'attendais a trouver a Indian Creek des Dieux de la fissure, qui courent dans les lignes avec un nuts et un triple 0 en poche comme seul equipement. Que nenni : a part 1, tous les autres, ricains ou pas, s'emploient pour grimper. Ca rassure ou ca fait peur, je sais pas.


La fissure dans tous ses etats, voila a quoi ressemble ce mythique spot de grimpe. On y cotoie toutes nationalites, preuve que la legende indienne existe bien. On y cotoie aussi beaucoup de chevelus locaux, la doudoune pleine de scotch, le mug a la main et le bonnet jusqu'aux yeux. Ca joue un peu au clodo, on les connait car il y a les memes l'hiver a Cham. J'avoue avoir un peu de mal, et face a eux ne plus vraiment me sentir grimpeur. Mais bon, ca fait peut etre partie du lieu...

1 commentaire:

lou pape a dit…

I used two number #2... you may used six though....

Back in france monday eve.

Ol.