dimanche 28 octobre 2007

The wall (2)

Privilège des faces sud et de la hauteur, notre vire est très rapidement innondée de soleil. Dans le fond, la vallée s'éveille doucement. De notre côté, l'éveil va être plus violent. Le programme d'aérobic du jour nous prescrit un éveil musculaire à base de corde fixe et remontée sur jumars.







Exercice indissociable du big wall, la remontée aux jumars est un jeu terrible auquel nous ne sommes pas du tout habitués. Nous avions fait un entrainement à Grenoble avant de partir, entrainement qui nous avait un peu dégrossi; mais là, en plein gaz dés 9 heures le matin avec 35 mètres à remonter, ça secoue!





Les images parlent toutes seules. L'escalade en artif offre ce privilège que n'on ne rencontre pas en escalade libre : se retrouver dans des endroits à l'ambiance ébouriffante .
Cette remontée sur corde est véritablement exténuante, d'autant que nous sommes gratifiés d'un petit passage "technique" : franchir le rebord du toit n'est pas si simple que ça... Faites le sur votre balcon, vous comprendrez pourquoi ;o)









Le pire c'est qu'on y prend même du plaisir!!!

En fait, comme on ne maîtrise pas bien cette technique (toute en finesse) et bien c'est comme d'hab : on mule sur les bras, et au final, on est morts en arrivant en haut. Boah, pas grave, y'a juste encore 3 longueurs d'artif qui nous attendent, une broutille en quelques sortes.




Derrière nous, Paul sort la longueur que nous avions équipée la veille (ici la fissure au dessus du toit). Lui est plus à l'aise que nous dans ce style d'escalade, et progresse lentement mais surement, et très zen là ou je bataillais la veille au soir. Lui est un habitué du Yose et est déjà venu deux fois dans cette voie.







Et ça repart! Olivier remet le couvert et on continue comme on peut, désormais un peu plus conscients qu'hier que ça va être compliqué de terminer la voie aujourd'hui. Pas grave! on est là et on y va tant qu'on peut. En artif, chaque mètre parait une victoire! Alors on continue...Les tracés sont assez simple a suivre : c'est toujours une fissure posée au milieu d'une dalle lisse barrée par un surplomb. On s'adapte comme on peut à cette nouvelle discipline que l'on pensait pourtant proche de l'escalade...

(photo : P. Hara)

Pour accomplir ce parcours initiatique, nous sommes même gratifiés d'un "pendule" : un spit dans la dalle, muni d'un anneau à demeure. Le premier se laisse descendre sur cet anneau et "court" a l'horyzontale sur la dalle pour aller chercher, plus loin, une nouvelle fissure qu'il remonte ensuite. Le second, par un ingénieux système de noeud, fait la même chose. Nous sommes tout heureux de notre premier pendule.


Dire que nous sommes lents serait un euphémisme. Dans la longueur suivante, ça va se confirmer. C'est a nouveau mon tour de grimper devant et la fatigue -mentale et physique- est bien là, déjà. Sous nous, Paul et Margareth ont abdiqué et ils redescendent

Ca repart sous un dièdre déversant en ascendance à gauche, au dessus d'une dalle désespérément lisse. Je me remotive pour une nouvelle longueur mais je suis encore plus lent qu'avant. Coinceur après coinceur je rejoins la fin de cette fissure, qui bientôt repart tout droit au dessus du toit. Bien entendu, elle se bouche et devient moins facile a protéger. les coinceurs ne tiennent que de manière approximative. je pose 3 points successifs qui, je le sens, n'attendent que de sauter avec moi. Tension nerveuse. Nous ne sommes pourtant que dans de l'A1., et je n'ose imaginer ce qu'est l'A5. Je me hisse tout doucement, et passe comme je peux ces protections que je sens aléatoires. La suite me donnera raison puisque l'une d'entre elle sautera quand Olivier se pendra dessus à son tour.


A ce stade, vous ne pouvez pas imaginer le bonheur de pouvoir, à nouveau, poser un bon coinceur dans une fissure franche. Au dessus, ce sera encore la bataille car forcément, à trop mettre de protections, on finit un peu à poil. Je commence a comprendre pourquoi les américains avaient plus de matos que nous. Ils savent, eux...
Arrivés en haut de cette longueur, nous sommes tous les deux fatigués, et nous devons être le soir dans la vallée pour prendre la route. Et la fissure qui part au dessus de nous annonce encore une belle longueur de combat, sur micro stoppers cette fois ci. Donc on décide d'un commun accord d'arrêter là. Peut être dommage car il ne restait plus qu'une longueur d'artif, la suite c'etait du libre. Mais pas dommage en fait car nous avons tellement appris que notre tête et nos bras qui n'en peuvent plus sont remplis et heureux. Nous, nous le serons pleinement le lendemain, quand nous serons reposés.
Voilà, fin d'un récit qui j'espere vous aura donné envie, comme nous, d'essayer les "walls" de la vallée la plus fantasmée dans l'imaginaire du grimpeur. Pour ce qui nous concerne, nous sommes prêts à y retourner, pour affronter les seigneurs du lieux cette fois ci
Allez y, c'est beau, c'est bon, c'est excellent, c'est le Yose, c'est le mythe, c'est le YOSEMITE!