mercredi 24 octobre 2007

Just a brick in the wall...

Bon alors, ces fameux Big Walls...Kesako exactement??? Pour en savoir un peu plus, nous avons testé. Pas tant de choix que ça comme je le disais, vu notre petit niveau, vu plutôt notre absence de niveau en la matière. Le "wall" (on dit comme ça là bas) d'initiation dans la vallée, et bien il n'y en a qu'un : Washington column, south face.

11 longueurs (c'est tout?!???) dont 7 en A1 pur et dur. Technique : Jour 1, faire les 3 premières longueurs, hisser le sac jusqu'à la vire de bivouac, et équiper les 3 longueurs suivantes. Redescente en rappel au bivouac. Jour 2, on remonte aux jumards les cordes fixes laissées la veille, et on termine la suite. Option pour J2 : hisser le sac jusqu'en haut, ou le laisser sur la vire pour grimper léger (haha la bonne blague!) et redescendre en rappel jusqu'en bas en récupérant le sac au passage.

On part légers, on part tranquilles... Il parait que c'est de l'initiation :o)
Notre "performance" : 6 longueurs en deux jours, pas mal non? C'est en gros ce qu'on ferait en France en une petite demie journée. Pas mal non? Ben oui, ça fait réflechir! pourtant on est super fiers!
Mais alors les gars, qu'est ce que vous avez bouiné pendant tout ce temps là?!?


Ben en fait on a grimpé, on a pas arrêté de grimper, c'est ça le pire. L1 permet de grimper en libre, ce qui est rare et cher dans un wall. On se teste alors aux manips de hissage de sac. Pour ceux qui se demandent pourquoi on hisse un sac derrière nous : car on part sur deux jours, donc il faut de la nourriture, de l'eau, des duvets, des réchauds, etc. et que grimper avec tout ça sur le dos, c'est pas possible. Donc on met tout derriere nous dans un grand sac spécial big wall et on le hisse a chaque longueur au bout d'une corde. Bien sûr, dans les faits, c'est pas aussi simple que ça.
Dés L2, le ton est donné : granite compact à souhait, on sort l'attirail d'artif et tagazou, c'est parti! Coinceur, étrier et daisy chain (le couple infernal), on se hisse, crochet fifi pour se pendre au coinceur, coinceur suivant, étrier et daisy chain, on se monte, crochet fifi, on récupère l'étrier de dessous, coinceur suivant, etc, etc... C'est ça l'A1.



A force d'abnégation on progresse quand même un peu, et on finit pas déboucher sur la vire a bivouac.
Trois longueurs seulement et déjà une ambiance particulière nous entoure? Le gaz, les verticales, le vide sont présents, un peu plus qu'à l'accoutumé.
C'est vrai que quand on regarde au dessous et autour, on trouve ça beau, nous sommes tout sourrire. Et puis, fatalement, on regarde au dessus...



En fait ça fait comme une giffle : au dessus de la vire, une dalle fissurée sur 15 mètres, qui vient buter sur un toit quasi horyzontal de 4 mètres d'avancée, puis au dessus la dalle (et la fissure?) reprend. Alors on regarde ce truc monstrueux et on se dit "nooooonnnnn"... et puis le topo dans la poche, qui répond "ssssiiiiiiiiiiiiiiiiii". C'est donc par là que ça passe? z'êtes sûr? z'êtes pas givrés? glurp glurp glurp et reglurp.


Bon, ben faut y aller. Coup de chance c'est à moi de prendre la tête. Ma tête en l'occurrence, et bien je la vide de son cerveau, que j'enfouis bien profond dans ma poche, et j'y vais. J'avoue ne pas être très fier à l'attaque de ce truc, c'est impressionnant. De l'artif, du vrai, pendu dans le vide... Maman, c'est où la notice?

Plus je monte plus le toit est impressionnant. En même temps, je suis rassuré de voir qu'il est équipé en spits. De toutes façons c'est ça ou rien, il n'y a aucune fissure où protéger.

Telle la mouche qui le soir venant se colle au plafond, je monte moi aussi dans ce toit qui m'impressionne. Pendu sur les spits en plein gaz, j'avoue ne pas trop me souvenir si j'ai apprécié ce moment ou pas.


La sortie du toit est banzaï à souhait : la fissure reprend, mais il faut aller la chercher loin loin loin avant de pourvoir mettre un bon friend. La suite se passe en ascendance a droite le long de cette fissure, les étriers qui pendent dessous, juste au dessus du rebord du toit monstrueux.

Va savoir pourquoi, j'ai protégé comme un malade! coinceur sur coinceur sur coinceur... ça me rassure je ne suis pas le seul :



Voici ce que l'on appelle une fissure "protégée" (ici, les friends de Paul Hara, un sympatique grimpeur américain qui nous suit et qui signe ce cliché que je trouve classique mais très beau) . La fissure en sortie du toit se "protège" donc.


l'arrivée au relais est un immense soulagement. Aussi impressionnante qu'ait été pour moi cette longueur, finalement j'arrive en haut. Extenué mais heureux. la suite, c'est Olivier qui part dans un valeureux combat pour "nettoyer" cette longueur. Il me rejoint au relais.

Au total, deux heures pour une longueur. Wouaouh! vive l'artif!


On redescend en rappel se poser sur la belle vire qui nous attend, que nous partagereons cette nuit avec Paul et Margareth, nos compagnons du "wall".


(photo :P.Hara)

Fatigués (seulement 4 longueurs depuis ce matin!!!) nous nous apretons a savourer une première nuit en paroi.

Nous sommes les plus heureux du monde. La nuit va être bonne, d'autant que le gardien des lieux que l'on aperçoit au fond semble être un gaillard solide.

En Big Wall, j'ai confirmé quelque chose dont je me doutais : demain est un autre jour...




la suite?... prochain post ;o)

lundi 22 octobre 2007

Un aperçu

Un aperçu... Voici à quoi ressemblera ce post, à l'image d'un séjour en forme d'aperçu. En ouverture, le seigneur absolu des lieux, le Nose sur El Capitan. Je souhaite à tout grimpeur de voir cette face un jour. J'avais déjà vu d'impressionnants Big Walls en terre de Baffin, el Capitan n'en reste pas moins le plus mythique d'entre tous.


Il faut scruter cette paroi, ou alors la regarder de nuit pour comprendre l'activité qui y règne. A la nuit tombée, une colonie des frontales s'y allument ici et là, et nous rappellent que oui, il y a bien du monde qui part voyager là dedans.

Penser gravir le Nose? Oui, bien sûr, nous y pensions nous aussi. Le réalisme progresse à mesure que s'approche l'échéance, c'est curieux ;o) Nous avions presque abandonné cette idée avant même de poser nos sacs dans la vallée. Passer au pied de la face finira de nous convaincre qu'il est encore un peu tôt pour nous de partir là-dedans.

Avis aux amateurs : deux grimpeurs de 6c/7a habitués à la grimpe sur coinceurs du granite du Mt Blanc se sont sentis minuscules face à l'entreprise "Nose".



Alors quoi? C'est comment le Yose? On y fait quoi si on ne fait pas le Nose? Allez, résumons. Le Yosemite c'est :
- une quarantaine de voies en Big Wall. Pour un grimpeur français normalement constitué, seules 3 ou 4 sont envisageables. Envisageables signifie être capable de grimper de vraies longueurs d'A1 et de gérer la logistique imposée par une voie dans un "wall" (sac de hissage principalement). Au delà, c'est un autre monde qui va du A1 au A5 (glurps) ou du C1 au C5 -avec marteau- (glurps glurps).
- A peu près autant de "grandes voies" (enfin un truc qu'on connaît!) allant du "un peu dur" au "très dur". Le un peu dur , c'est tout ce qui est au delà du 5.7 (soit un V+ chez nous). Le très dur, pour nous, commence au 5.10b (6a+).
- De nombreuses petites voies de 1 à 3 longueurs, avec les mêmes remarques sur la cotation que pour les grandes voies.


En clair, à moins que votre objectif soit de faire de l'A5, il ya beaucoup de choses à faire là bas mais aussi beaucoup de choses inaccessibles. A partir du 5.8, le style peut devenir franchement déroutant. A part le "face climbing" qu'on connait, le reste c'est plutôt banzaï : fissures à doigts, cheminées, fissures à poings et pieds, et du rocher très lisse de part et d'autres... le terme en vigueur là bas, c'est le "jamming" : en gros, tu fais de la "confiture" avec tes mains au fond des fissures. Miam!

Il faut donc y aller "doux" au Yosemite sous peine de se faire très peur. Heureusement les splendides (car, faut il le rappeler, il n'y a pas d'escalade moche ici-bas) voies de chauffe existent. A l'image de "Commitment", une voie signée Jim Bridwell, ou la première longueur en 5.8 mets tout de suite dans l'ambiance. Quel rocher!


Ah oui, autre détail : pour grimper au Yosemite, il faut du matos. Un jeu complet de friends est nécessaire, et tailles moyennes en double svp.


Une autre très belle voie abordable que nous avons faite est "Braille Book" à Higher Cathedral Rock. La grimpe alterne entre longueurs en cheminée ouverte et de la grimpe sur un granite étonamment sculpté, on se croirait presque sur du grès. C'est d'ailleurs pour moi une découverte : je pensais que la grimpe là bas n'etait que fissures. En fait non, il y en a aussi une partie plus conventionnelle, pour nous pauvres frenchies. Je ne pensais pas non plus que le granite pouvait être autant sculpté...D'ailleurs dans ce type de longueur, c'est drôle de voir comme on grimpe plus vite que les américains -rencontrés-. Quand à la nuit tombée, sans frontale, on passera trois heures à tatonner entre blocs et broussailles pour redescendre, on se souviendra qu'effectivement, quand ce n'est pas de la fissure, ils ne sont pas très rapides.


Dans ce type de voies, nous nous goinfrons d'escalade. Le rocher est partout d'une qualité exceptionnelle. A l'image de "East Buttress" à Middle Cathedral Rock : une voie surtout en 5.8, quelques passages en 5.10a, dans un magnifique ensemble de dièdres et de dalles sculptées. Ce n'est jamais très dur, mais toujours impressionnant, et aucun passage n'est à jeter sur les 11 longueurs de cette voie.






Et puis peu à peu on commence à mieux se sentir au milieu de toutes ces fissures. Il y a pour satisfaire le grimpeur en confiance une des reines de la vallée : l'enchainement de "Serenity Crack" et "Sons of Yesterday" soit 9 longueurs d'une hallucinante fissure que l'on remonte de bas en haut. Tu veux du "jamming"? tu en auras.

Olivier aux pieds de la voie, ça ne rigole plus!



Au dessus, c'est ce que l'on apeçoit sur cette image : une fissure qui remonte un océan de dalles... Elle s'élargit, s'interrompt quelques metres, reprend en plus fin sur la droite, se redresse, se tord... 9 longueurs démoniaques, soutenues tout le long car on est ici dans une vrais fissure du Yose, et le jamming est obligatoire.













Ah ça, pour de la confiture, c'est de la confiture : on se tord les poings et les pieds dans tous les sens pour verrouiller comme on peut au fond de cette fissure, et puis on progresse, tant bien que mal.







Longueur après longueur, tout y est parfait. Le rocher est d'une pureté déconcertante.

J'avoue quand même qu'on en bave un peu la-dedans, et que ça fait mal partout. Les pieds crient pardon à force d'être martyrisés, et des fois je pense que je devrais me les strapper aussi, comme les mains.

Ah oui, un autre aspect du Yose : le strap pour les mains est plutot conseillé. En moufle ou en mitaine, comme vous voulez, mais il faut se strapper les mains car les verrous, sinon, font vraiment mal et arrachent la peau sur les phalanges. Non je rectifie : sans strap, les verrous font encore plus mal qu'avec du strap.


Enfin tout ceci est très relatif : les deux américains que l'on croise pendant la descente remontent très tranquillement les fissures où nous bataillions quelques heures plus tôt. Je crois qu'ils n'avaient pas de strap...




Envie de changer d'air? Les voies de Tuolumne Meadows vous tendent les bras. A une heure de voiture au dessus de la vallée du Yosemite, Tuolumne est un ocean de dômes et dalles de granite constituant un paysage somptueux.









Nous partons titiller la face nord du Fairview Dome... C'est vrai ça, on est à plus de 2500m d'altitude, fin septembre, pourquoi pas aller au froid d'une face nord alors que tous les alentours pètent de soleil?




Les trois premières longueurs sont les plus rudes : une fissure en """6a""" (hi hi hi!) dans laquelle tout le monde bataille, les filles y compris (là je dis : bravo!). Le froid du rocher est implacable, et nous décidons finalement de redescendre après une bonne caillante.



La séance de bronzage aux pieds de la face est la bienvenue.


L'endroit est véritablement splendide, et à mon avis ceci vaut autant le coup (pour les paysages) que la vallée du Yose. Certaines randonnées doivent y être également très belles, rejoignant par les crêtes le fond de la vallée et le Half Dome...


Une autre fois...


Mais alors, c'est tout? Non, bien sûr... Ceci n'est qu'un petit résumé de nos plus belles voies. Il y en a eu d'autres, il y a eu aussi du repos, il y aeu aussi une virée à San francisco.


Mais alors? Et le gaz, et les big walls, et l'artif? Non???


Hé hé hé, et si il y en a eu, bien sur qu'il y en a eu. Je garde la suite pour demain ;o)