dimanche 30 janvier 2011

Pointe de Frebouze, congelateur a ciel ouvert

Prenez une isotherme -20 degres a 3500m. d'altitude, un ciel bleu et froid, une neige si miserable que les seuls skieurs finissent de se pendre a leur chasse d'eau et vous aurez la quelques-unes des raisons qui nous poussent a une retraite au fond du frigo du Mont Banc.

En prelude a une semaine de cascade, cette petite immersion devrait nous faire du bien!

Fuyant la cyber-cohue des approches aisees, nous profitons du temps que nous avons pour rallier le refuge de Leschaux, perdu aux pieds de la face nord de Grandes Jorasses. Au fond de la vallee, nous esperons y trouver quelques goulottes en conditions.

 Ce sera a Frebouze, la goulotte nord-ouest (III, 4+, 500m.). A dire vrai nous n'avons pas tant le choix que ca : les autres lignes semblent soit trop seches, soit inaccessibles pour cause de rimaye beante (le manque de neige est la haut egalement criant). De visu, la Duverney Gabarrou semblait egalement en conditions.

La nord ouest est une belle et longue ligne, bien visible ci-dessus au centre de la face. Le haut est encore bien sec, trop sec semble-t-il, et de toutes facons nous nous arreterons aux pentes de niege medianes.






Si nous doutions d'etre en hiver, nous voici rassures. Un froid dur, tres dur se termine dans les alpes. Les temperatures remontent a partir du jour meme, mais en ce 23 janvier les conditions sont pour le moins 'rudes'. L'escalade est tres belle, dans une belle ambiance sauvage. Au dela de R2 (lunule en place) les traces de passage recent son nulles. Les relais sont ceci-dit en place, et nous y avons change ce qui devait l'etre. Bref, on est loin ici de la foule des goulottes des Grands Montets et c'est tant mieux.


Les longueurs s'additionnent, les fremissements aussi. Il est difficile de grimper dans ces conditions de froid, car avoir les mains en l'air provoque d'inmanquables onglees. Rapidement nous nous couvrons au maximum et c'est en grimpeurs bibendum que nous evoluons. Je n'avais jamais grimpe autant couvert et c'est harnaches dans nos doudounes que nous evoluons. Une escalade hivernale, complete.


Allez ca suffit : arrives sous les pentes de neige mediane, il est temps de redescendre. 3h30 d'approche, 5 heures d'escalade, le froid devient fatigant.


On tire les rappels, il et temps de retrouver nos skis pour glisser jusqu'a Leschaux (couvertures et vaisselle ok, restes de gaz ). Une deuxieme nuit la haut, dans le grand calme de la montagne hivernale, et nous voici prets a redescendre dans la vallee, humer les saveurs du vignoble Suisse...

Chemin descendant, nous croiserons 'Andy' : Seul, un  enorme "pig" de hissage sur le dos, un deuxiene sac charge sur sa pulka, il chemine doucement vers la gare du Montenvers. Forcement, on echange, et on aide le forcat a hisser tout son materiel jusqu'au quai de gare. D'ou vient-il donc??? Son projet n'etait ni plus ni moins qu'un solo hivernal dans une voie des Grandes Jorasses, 10 jours d'autonomie. Il renonce, il fait trop froid. On peut etre mutant et ne pas en rester moins lucide. C'est d'ailleurs un gage de longevite. On discute encore : anglais, de Sheffield... "tu fais quoi dans la vie?" "oh, j'ecris des bouquins..." Les briques se mettent en place une a une dans ma tete. L'oiseau que nous avons en face des yeux n'est ni plus ni moins qu'Andy Kirpatrick, sans doute un des meilleurs alpinistes anglais. Rencontre etonnante, homme ahurissant, un autre alpinisme que celui-que nous pratiquons. Sans aucun doute. Ca merite bien une biere! Vivat!

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