vendredi 6 juillet 2007

Tentative au Mt Ensa





Quelle idée? Quelle lubie?
Alpinistes à nos heures, nous voilà embarqués de notre plein gré aux examens du probatoire d'aspirant guide. De cette fantastique semaine, voici un petit compte rendu dont le contenu n'engage que son auteur...


Jour 1 : arrivée de notre équipe au camp de base à Chamonix. Des numéros mythiques -64-101-114-125- que nous arborons fièrement en cette première soirée arrosée d'un petit jaune en terrasse. En effet, notre moral est mis à rude épreuve en ce premier jour puisqu'à 14h00, nous nous présentons devant la tente mess du chef d'expé qui, aussi sec, nous congédie jusqu'au soir. Motif? Pas de motif... Le soir même, briefing pour le déroulement de l'expédition : nous commencerons dés le lendemain par tenter une approche sur les flancs du Mt ENSA par la mer de glace en technique 10 pointes. Tout excités par cette perspective, nous passons la soirée à limer -nos lames de crampons-.




Jour 2 : Nous remontons dans des conditions optimales la célèbre mer de glace, immense langue glaciaire encore inexplorée. La solitude de ce bout du monde est saisissante. Nous sommes manifestement les premiers à fouler ces glaces.

Le soleil est écrasant sous ces latitudes, il nous contraint à sortir nos ombrelles, ce qui rend la progression aléatoire comme le montre le document ci-contre. A force d'abnégation et de volonté, nous parvenons au pied de la face après une journée exténuante de 23 minutes de marche.



Arrivés au pied de la face, horreur : de nombreuse cordées sont déjà présentes, et tentent successive-ment de franchir la muraille qui barre l'accès au sommet. Cette cohue nous confirme l'intérêt sucité par cette montagne mystérieuse qu'est le Mt ENSA. Objet de toutes les convoitises...



Tentant de garder notre calme, nous nous préparons nous aussi à tenter l'ascension. Nous décidons d'effectuer cette tentative en style classique, en hommage à nos anciens alpinistes qui ne disposaient pas de pointes avant à leur crampons. Bien conscients que ceci ne sert à rien, mais bon, le respect de la tradition doit primer.



.... Un piolet, 10 pointes sous chaque pied, une ascension dans le plus pur style classique.
















Un surplomb retord aura pourtant raison de notre détermination à respecter les anciens. Nous sortons l'arme atomique (pointes avant et piolets traction) pour en venir à bout. Làs, deux d'entre nous tomberons et ne parviendrons pas à surmonter l'obstacle; ils devront le soir même plier bagage. Pour eux, l'expédition est terminée.

Le Mt ENSA ne s'est pas laissé dompter.



Le briefing du soir nous apprend que le lendemain, nous tenterons l'ascension par le versant italien, où des conditions plus clémentes devraient nous permettre d'y tenter une vois rocheuse.


Jour 3 : les conditons sur le versant italien sont décidément plus clémentes. Sous une mousson persistante, le moral des pionniers que nous sommes en prend un coup sérieux


Le doute s'installe, les visages sont comme le ciel : gris. Nous trouvons refuge chez un autochtone, qui tente de nous remotiver à grands coups d'expresso et de cappucino.


Après une belle journée d'inactivité et de trajets en voiture, le briefing du soir nous apprend que nous referons la même tentative le lendemain. Cette fois-ci, les différentes cordées tentant l'assaut s'y rendront en bus, en supposant que l'union fait la force.



Jour 4 : Enhardis par un soleil revenu et par les chants partisants claironnés pendant le trajet en bus, voila les rescapés de la glace qui se jettent corps et âme sur les contreforts granitiques du Mt ENSA.


Quel spectacle! Les râles, les cris, les soufflements témoignent de l'âpreté du combat qui se joue. Les mains écrasent les prises, les doigts pincent les reglettes, les orteils griffent les chicots, le Mt ENSA tremble sous la poussée dont il est l'objet. Ca et là, quelques alpinistes rattrapés par la pesanteur volent dans l'air cristallin de ce petit matin italien. Ma! Qué bella piu!




Blanche et rouge délavé, flottant au vent d'altitude, de vieilles cordes fixes jonchent la paroi. Elle témoignent des combats anciens qui ont dû se jouer en ces lieux. Les ancêtres, encore eux... Par respect pour eux, encore une fois, nous décidons de ne pas souiller ces témoins du passé et nous nous interdisons toute prise au delà de de ces lignes imaginaires. L'escalade n'en est que plus réjouissante. Tu touches la ligne? Tu perds!



Jour 5 : Dernier jour d'ascension possible. Après les tentatives de la veille, il ne nous reste pus que ce créneau avant l'arrivée du beau temps. Alors, il sera temps de renoncer.



Nous décidons donc de mener cette ultime tentative par les versants les plus inhospitaliers du Mt ENSA. La pluie nous aide heureusement à rendre l'ambiance plus glauque encore, et c'est engoncés dans nos vestes que nous partons sur les flancs boueux de la montagne. La neige tombée les jours précédents facilite la progression.



la météo s'annonce belle pour le lendemain, il serait dommage d'en profiter. Aussi, le chef d'expédition ous ordonne t il la retraite précitpitée, tactique bien connue qui consiste a faire un sprint dans des blocs humides. Les documents ci contre témoignent du formidable terrain de jeu qui s'offre a nous en ces derniers instants d'expédition. C'est dans la joie et l'allegresse que nous nous élanons dans les pierriers, en visant d'hypothétiques balises placées ça et là par dame nature.

Epilogue :

Félicitations à toi Jérôme pour ta belle réussite à l'ensemble des épreuves. Je ne manquerai pas de suivre ta carrière de guide.

Pour ce qui me concerne, parler de déception serait éxagéré. Ce "beau" métier de guide, vu de l'intérieur, m'a paru nettement moins beau qu'il n'y paraissait au premier abord. C'est sans doute le point final d'un vieux rêve de gosse, où, du bout de ma Bretagne, je m'imaginais que pour être bon alpiniste il fallait être guide. Ma pratique de la montagne m'a montré d'autres réalités, qui ont quelques peu écornées le mythe...

Ces épreuves ont sans doute marqué un point final. Je serai donc simplement alpiniste, qu'une nouvelle ère commence ;o)

1 commentaire:

Gringo ! a dit…

Ben diou! c'est vrai qu'il etait tres cool notre chef d'expe.

Bien rigole en lisant ce texte :-)