lundi 6 août 2007

De la Verte aux bleus


Alpinisme, quand tu nous tiens... Après deux weekends d'égarement volontaire, c'est avec une bonne dose de motivation que je remets les pieds à Chamonix.



J'étais plutôt motivé par un week end de granite en altitude vu la chaleur annoncée, mais Olivier "insiste" : la saison d'alpinisme va bientôt s'arrêter, il faut en profiter. Il a raison.







Nous partons vers le refuge de la Charpoua avec, en ligne de mire, l'arête Sans Nom à l'Aiguille Verte. Sommet mythique où, Olivier comme moi, avons déjà essuyé plusieurs échecs. Cette fois-ci, c'est sûr, ce sera la bonne. Et puis cet itinéraire, en rouge sur la photo, est paraît il splendide.



L'itinéraire s'est compliqué ces dernières années en raison d'un éboulement. Désormais, la voie cote TD avec une longueur en 6b/A0 qui n'existait pas avant.


Feu!

La "nuit" est atrocement courte. Couchés à 21h00 dans le cabanon de la Charpoua, nous nous serrons comme pouvons dans ce modeste abri de 10 places. Le réveil sonne...à minuit. Dur.

Après une longue approche sur le glacier mouvementé de la Charpoua, une goulotte de 500 m. nous amène à la brèche Sans Nom, sur l'arête. Le peu de glace qu'il reste nous permet de progresser rapidement dans cette nuit noire.



Nous échangeons, de loin dans la nuit, quelques mots avec une cordée d'espagnols qui terminent leur descente en rappel des Drus. Il est 3h00, les uns sont enfin en bas. Les autres sont loin d'être en haut.


Nous "avalons" assez vite cette première section de voie, peutêtre encore endormis, et débouchons sur l'arête alors que le jour nous ratrappe. Dans notre dos, l'ombre projetée de la Verte se dessine à l'horizon. Plus proche de nous, le haut du couloir nord des Drus se laisse entrevoir.




D'ici, il me fait froid dans le dos... Je crois qu'il représente la course où je n'irai jamais. Il n'en reste pas moins impressionnant. Respect à l'ouvreur Claude Jager!!!



Le couloir a beau être fascinant, c'est hic et nunc que l'action se passe...

L'arête se déroule devant nous, parfois simple, parfois difficile. Les rochers sont vergalcés en de nombreux endroits, ce qui complique parfois les choses. Une erreur d'itinéraire et je m'use les avant bras dans un dièdre verglacé déversant. Les coinceurs zippent sur la glace. Combat.



La cheminée en vrai 4+ était cachée, un peu plus loin... Dans la nuit, les erreurs font vite mal aux bras. Tout comme ce 6b "montagne" négocié tant bien que mal à force de verrous de genoux.




Olivier prend la relève dans un autre passage retord, où en plus de grimper en grosses, il faut jongler avec le verglas qui recouvre par endroits les rochers. Altitude, exposition entre nord et ouest... la canicule d'aujourd'hui n'est ici qu'une lointaine rumeur.

C'est une escalade globalement physique, où les passages difficiles sont courts mais athlétiques. Il est difficile de s'économiser. Mais la progression y est agréable. Le rocher est dans l'ensemble très sain, et pour le mental, ça compte énormément.


On entre alors dans la troisième section de cette course. Après la goulote du départ, le rocher du milieu, voici le mixte final. Nous évoluons sur l'arête qui mène, au fond, au sommet de la Verte. Sous nous l'austère versant nord du Nant Blanc, avec, 3000 mètres plus bas, Chamonix.




L'itinéraire louvoie entre la glace du versant nord et quelques vires ensoleillées du versant Charpoua.



La progression, sans être complexe, reste soutenue.

Nous évoluons ainsi, entre deux univers, pendant de longs moments. Certes, le sommet se rapproche, mais doucement, doucement. L'altitude et la fatigue, elles, se font sentir, doucement, doucement.














Progressivement, nous avançons. La progression reste lente, je crois que tout simplement nous sommes morts de fatigue. Les heures défilent plus vite que la dénivelée dans ces moments là. Et il faut rester prudent. Cette arête de neige est difficile voire impossible à protéger. Ce n'est pas l'endroit pour s'emmeler les pinceaux.




L'ambiance, perchés au bord du vide du Nant Blanc, est saisissante. Elle me rappelle la fin de l'arête de Peuterey, sous le Mt Blanc de Courmayeur.
Privilège des grandes courses.

Festin des yeux.





Et puis le tant attendu, tant convoité, sommet de l'Aiguille Verte. Dieux que c'est beau! 12 heures d'ascension, nous sommes seuls là haut à admirer le massif du haut de ce sommet de carte postale...

Et puis, comme toujours, le plus compliqué en montagne reste à venir : redescendre. Nous sommes montés à un bon rythme, pas en retard sur l'horaire théorique, mais qui connaît la Verte sait qu'il n'est pas bon de s'aventurer dans la descente du Whymper aux heures chaudes. C'est tout le versant qui se purge quand le soleil tape. Ca tombe bien, aujourd'hui c'est la canicule.

Très méfiants, nous engageons la descente en rappel, les yeux aux aguets. Plus on descend, plus ça se complique. La neige devient une soupe immonde, infâme, dans laquelle on brasse de plus en plus. Et puis c'est le coup de semonce. Du bruit au dessus, des pierres qui descendent, certaines sont énormes. Enormes. Nous sommes protégés sur l'éperon, mais dessous c'est un lynchage du couloir qui s'organise. Toute sa largeur y passe... Malgré la chaleur étouffante, c'est le froid dans le dos que nous nous arrêtons. Il faut prendre une décision. Secours? Arrêt et attente de la nuit pour terminer la descente?

Le PGHM nous confirmera que notre situation mérite un petit détour de leur hélicoptère. Les pales qui tournent, le bruit du rotor, le treuil qui nous élève rapidement dans les airs. Mon pote Olivier et moi, pendus dans le vide, arrachés à la pente. Moment irréel. En 5 mn, nous sommes dans la vallée.

Premier contact avec les secours. Ces hommes bleus sont d'une efficacité redoutable, et même si pour eux cette évacuation n'avait rien d'excitant ni de compliqué, je suis impressionné, bluffé. Il est bon de se dire que mes impôts servent aussi à celà. Merci Messieurs.

Bilan : une superbe voie, une course d'ampleur qui mérite sa cotation revisitée. Cette Verte est à la hauteur de sa réputation. Notre évacuation? Nous savions qu'il ferait chaud, nous savions que nous serions -trop- tard au sommet. On a tenté, on a perdu. Rien de grave, un rappel à l'ordre comme il est bon qu'il y en ait, parfois.

1 commentaire:

Carine a dit…

Photos magnifiques!
Bon il en manque une depuis l'helico ;-)
Bravo en tout cas!